Comment faire une déclaration d’accident de travail ?

déclaration accident de travail

Emilie Dion, Cheffe de produit RH


10 minutes de lecture

Un accident de travail est un événement imprévisible survenant sur le lieu de travail ou pendant l'exécution des tâches professionnelles. Dans ce contexte, il est crucial de savoir comment faire une déclaration d’accident de travail pour bénéficier des droits et des protections légales. Dans cet article, nous vous guidons pas à pas pour comprendre les démarches à suivre, les délais à respecter et les différents aspects à prendre en compte. 

Résumé

Un accident du travail implique des démarches précises pour faire reconnaître son caractère professionnel.

  • Le salarié doit prévenir son employeur sous 24 h et consulter un médecin pour faire constater les lésions.
  • L’employeur dispose de 48h pour transmettre la déclaration d’accident à la CPAM ou à la MSA.
  • La caisse peut enquêter avant de reconnaître l’accident, sa décision peut être contestée en cas de refus.
  • Une fois reconnu, l’accident ouvre des droits spécifiques : soins pris en charge, indemnités...
     

Qu’est-ce qu’un accident de travail ?

Définition

Avant de se plonger dans les détails de la déclaration, il est important de bien définir ce qu’est un accident de travail. Un accident de travail est un événement qui survient soudainement, pendant l’exercice de l’activité professionnelle : il entraîne ensuite des dommages corporels ou psychologiques. Cet événement doit avoir un lien direct avec l’exécution du travail, qu’il ait lieu sur le lieu de travail ou en déplacement pour des raisons professionnelles.

Le cas spécifique de l’accident de trajet

Les accidents de trajet, c’est-à-dire ceux qui surviennent entre le domicile et le lieu de travail, sont également considérés sous certaines conditions comme des accidents de travail, mais obéissent à des règles spécifiques. La procédure de déclaration est similaire à celle d’un accident de travail classique, mais il est important de préciser le caractère de "trajet" lors de la déclaration.

L’accident de trajet ne bénéficie toutefois pas de toutes les protections offertes par un accident de travail (par exemple, il n’y a pas de protection particulière contre le licenciement), mais les soins et les indemnités sont pris en charge.

Accident du travail, maladie professionnelle ou rechute : quelles différences ?

Un accident du travail correspond à un événement soudain ayant provoqué une lésion physique ou psychologique. À l’inverse, une maladie professionnelle apparaît généralement à la suite d’une exposition répétée ou prolongée à un risque lié au travail.

Par exemple, une chute dans les locaux de l’entreprise peut relever de l’accident du travail, alors qu’une pathologie liée à une exposition régulière à un produit ou à des gestes répétitifs peut, selon les cas, relever de la maladie professionnelle.
 

Bon à savoir

Il existe aussi la notion de rechute. Après une guérison ou une consolidation, l’état de santé de la victime peut de nouveau se dégrader à cause de l’accident initial.

CPAM ou MSA : à qui faut-il s’adresser ?

Toutes les déclarations ne sont pas forcément adressées au même organisme. Pour la majorité des salariés du secteur privé, l’interlocuteur est la CPAM, c’est-à-dire la Caisse primaire d’Assurance Maladie.

Les personnes qui relèvent du régime agricole dépendent quant à elles de la MSA, la Mutualité sociale agricole. Les démarches sont proches dans leur principe, mais les services, formulaires et espaces en ligne utilisés ne sont pas exactement les mêmes.

Avant d’envoyer une déclaration ou un certificat, vérifiez de quelle caisse dépend le salarié pour éviter les erreurs d’adressage et accéder plus facilement aux bons services/formulaires/coordonnées.

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Déclarer un accident de travail en 3 étapes

Première étape : déclarer l’accident à l’employeur

La première chose à faire lorsqu’un accident de travail survient est de le déclarer immédiatement à votre employeur ou à son représentant (comme un responsable RH). Cette déclaration peut être faite par écrit ou oralement, mais il est toujours préférable de la formaliser par écrit afin de garder une trace de la démarche.

Le salarié dispose d’un délai de 24 heures pour informer son employeur, sauf cas de force majeure ou en cas d’impossibilité (hospitalisation par exemple). Ce délai est important, car un retard injustifié peut compliquer la reconnaissance de l’accident de travail et donc les droits associés.

Deuxième étape : la déclaration de l’employeur à la CPAM

Après avoir été informé de l’accident, l'employeur a l’obligation de le déclarer à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) du salarié. Cette déclaration doit être faite via un formulaire spécifique appelé “Déclaration d’Accident du Travail” (formulaire Cerfa n°14463*03), qui peut être rempli en ligne ou en version papier.

Le délai pour effectuer cette déclaration est de 48 heures (hors dimanches et jours fériés) à compter du moment où l’employeur a été informé de l’accident. Dans ce formulaire, l’employeur doit mentionner l’ensemble des circonstances de l’accident, la nature des lésions constatées et les témoins éventuels.

En plus de la déclaration, l’employeur doit remettre au salarié une “feuille d’accident du travail ou de maladie professionnelle” (formulaire Cerfa n°11383*02). Cette feuille permet au salarié de bénéficier de la prise en charge à 100 % des soins médicaux liés à l’accident, sans avoir à avancer les frais.

Troisième étape : la consultation médicale et le certificat

Pour que l’accident de travail soit reconnu, le salarié doit consulter un médecin le plus rapidement possible après l’accident. Ce médecin, qu’il soit généraliste ou hospitalier, établira un certificat médical initial qui décrit les lésions observées et leur lien avec l’accident.

Ce certificat médical est fondamental, car il servira de preuve pour la CPAM et l’employeur. Le médecin remettra deux exemplaires du certificat au salarié : l’un à transmettre à la CPAM (par courrier ou directement par le médecin s’il a accès au service de télétransmission) et l’autre à garder précieusement.

En cas d’arrêt de travail, le médecin précisera la durée de l’arrêt sur le certificat, et le salarié devra en informer son employeur conformément aux règles habituelles d’arrêt maladie.

Bon à savoir

La fin de l’arrêt dû à l’accident de travail doit être préparée avec soin, souvent avec une visite de reprise auprès du médecin du travail, qui évalue l'aptitude du salarié à reprendre ses fonctions. Si nécessaire, des aménagements de poste ou une reprise progressive peuvent être mis en place pour faciliter cette transition.

consultation accident de travail

Comment bien préparer son dossier d’accident du travail ?

Plus le dossier est précis et documenté, plus il sera facile pour la caisse d’Assurance Maladie de comprendre les circonstances de l’accident et d’en apprécier le caractère professionnel.

Dès que possible, le salarié peut donc noter les principales informations liées à l’événement :

  • la date ;
  • l’heure ;
  • le lieu exact ;
  • la tâche qu’il était en train d’effectuer ;
  • les circonstances de l’accident ;
  • le nom des éventuels témoins
  • ses coordonnées si un tiers est impliqué.

Le dossier peut ensuite être complété par d'autres éléments : photographies, échanges de courriel, documents internes, comptes rendus, attestations de témoins, en somme tout ce qui permet de comprendre ce qui s’est passé. L’objectif n’est pas de multiplier les pièces inutilement, mais bien de conserver celles qui permettent d’établir clairement les faits.

Bon à savoir

Il est recommandé de garder une copie de chaque document transmis. En cas de démarche en ligne, pensez aussi à conserver l’accusé de réception ou la preuve de dépôt disponible dans votre espace personnel.

Comment suivre son dossier après la déclaration ?

Une fois la déclaration envoyée, le salarié ne doit pas forcément rester passif. En effet, pendant l’étude du dossier, la caisse peut demander des informations complémentaires au salarié, à l’employeur ou à d’éventuels témoins.

Un questionnaire peut par exemple être envoyé pour préciser les circonstances de l’accident, le lieu où il s’est produit ou encore la nature de l’activité exercée au moment des faits. Il est alors conseillé de répondre de manière simple, précise et cohérente (sans oublier de joindre les documents demandés).

Pensez aussi à consulter régulièrement votre courrier, vos mails et votre espace personnel en ligne puisqu'une demande de pièce complémentaire restée sans réponse peut ralentir l’instruction du dossier.

En cas de difficulté, plusieurs interlocuteurs peuvent apporter une aide :

  • la caisse d’Assurance Maladie ou la MSA ;
  • le service des ressources humaines ;
  • un représentant du personnel ;
  • un syndicat ;
  • un professionnel du droit.

Quels sont les délais et les obligations à respecter ?

Le respect des délais est crucial dans le processus de déclaration d’un accident de travail. Voici un résumé des principales obligations :

  • Déclaration à l’employeur : dans les 24 heures suivant l’accident.
  • Déclaration de l’employeur à la CPAM : dans les 48 heures après avoir été informé.
  • Consultation médicale et transmission du certificat à la CPAM : dès que possible après l’accident.

Respecter ces délais permet d’éviter tout litige ou refus de reconnaissance de l’accident de travail. En cas de difficulté ou de retard, il est possible d’expliquer la situation à la CPAM, qui pourra prendre en compte des circonstances exceptionnelles.

Au-delà de la gestion de l’accident lui-même, l’entreprise doit aussi analyser les risques professionnels afin de limiter leur répétition. Le DUERP permet alors de recenser les risques identifiés dans l’entreprise et de formaliser les actions de prévention à mettre en place.

Que faire si l’employeur refuse de déclarer l’accident ?

Même lorsqu’il doute du caractère professionnel de l’accident, l’employeur doit en principe effectuer la déclaration. Il peut toutefois émettre des réserves s’il estime, par exemple s'il juge que les circonstances de temps ou de lieu sont incertaines.

Mais ce n'est pas l’employeur qui décide seul si l’accident sera ou non reconnu comme accident du travail : la décision appartient à la caisse d’Assurance Maladie, qui peut examiner les informations fournies par les deux parties et mener une enquête complémentaire si nécessaire. Si l’employeur ne réalise pas la déclaration, le salarié peut lui-même engager la démarche auprès de sa caisse.

Que se passe-t-il si un tiers est responsable de l’accident ?

Il faut savoir qu'un accident du travail peut parfois être provoqué par une autre personne : c’est notamment le cas lors d’un accident de la circulation pendant un déplacement professionnel ou un accident de trajet. Lorsque l’identité du tiers responsable est connue, il est important de la signaler dans le dossier.

Cette information permet à la caisse d’exercer (si nécessaire) un recours contre la personne responsable ou son assurance. Pour l’entreprise, ce point peut également avoir une incidence sur la gestion du dossier et sur certains aspects liés au taux de cotisation accidents du travail et maladies professionnelles. Là encore, fournir une information complète dès le départ permet généralement de faciliter le traitement du dossier !

Que se passe-t-il après la déclaration d’un accident du travail ?

Une fois la déclaration d’accident de travail transmise à la CPAM, celle-ci dispose de 30 jours pour statuer sur la reconnaissance ou non de l’accident. Durant cette période, la CPAM peut mener des enquêtes (notamment en contactant l’employeur, le salarié ou d’éventuels témoins) afin de vérifier les circonstances de l’accident.

En cas de doute sur la nature de l’accident (par exemple, si l’accident n’est pas clairement lié au travail), la CPAM peut prolonger cette période d’enquête de 2 mois supplémentaires. Si aucune réponse n’est donnée par la CPAM dans les délais impartis, l’accident est alors considéré comme reconnu par défaut.

Quels sont les droits du salarié en cas d’accident de travail ?

Une fois l’accident de travail reconnu, le salarié bénéficie de plusieurs droits spécifiques :

  • prise en charge des soins à 100 % (sans avance de frais) pour les soins liés à l’accident.
  • indemnités journalières en cas d’arrêt de travail, versées dès le premier jour d’arrêt, sans délai de carence.
  • maintien partiel ou total de salaire, en fonction de la convention collective applicable ou des accords d’entreprise.
  • protection contre le licenciement, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour une raison étrangère à l’accident.

Ces droits visent à garantir une protection optimale pour le salarié victime d’un accident de travail et à faciliter son rétablissement sans stress financier.

Que faire en cas de refus de reconnaissance de l’accident professionnel ?

Il peut arriver que la CPAM refuse de reconnaître l’accident comme un accident de travail. Dans ce cas, le salarié reçoit une notification motivée du refus. Il est possible de contester cette décision en saisissant la Commission de Recours Amiable (CRA) dans un délai de 2 mois à compter de la réception de la notification.

Si la réponse de la CRA n’est pas satisfaisante, le salarié peut porter l’affaire devant le Tribunal Judiciaire. Pour ce type de démarche, il est souvent recommandé de se faire assister par un avocat ou un représentant syndical.

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Emilie Dion

Emilie Dion

Cheffe de produit RH chez Kelio, Émilie Dion pilote les évolutions du SIRH sur l’ensemble du cycle RH : de l’onboarding à l’offboarding en passant par le pilotage des entretiens ou encore le suivi des compétences... Elle transforme les retours terrain en améliorations produit concrètes et priorisées.